Giampietrino et Le Tableau : convergences et divergences
Les versions attribuées à Giampietrino présentent avec Le Tableau une proximité de composition trop étroite pour être fortuite. La tête du Christ, l’orientation générale et plusieurs éléments de construction renvoient à un prototype commun, lui-même en rapport avec le dessin de Venise.
Cette parenté ne doit toutefois pas masquer des écarts importants. L’examen radiographique, la structure de la croix, le nimbe et certains détails morphologiques montrent que Le Tableau ne se confond pas avec les versions connues de Giampietrino.
- Compositions très proches, malgré l’ajout d’un personnage dans Le Tableau ;
- Dimensions voisines et tracés largement concordants ;
- Hypothèse d’un carton commun ;
- Londres et Budapest paraissent dépendre d’un même carton, selon la National Gallery.
Convergences : un modèle commun
Une composition très proche
La parenté visuelle entre Le Tableau et les versions de Giampietrino est immédiate. Même inclinaison générale de la croix, même orientation du Christ, même économie d’ensemble de la figure. Ces correspondances suggèrent l’usage d’un modèle commun plutôt qu’une simple ressemblance de surface.
Une filiation léonardienne probable
Cette proximité s’éclaire par le lien déjà établi entre les Christs de Giampietrino et le dessin de la Tête du Christ conservé à Venise. Le Tableau s’inscrit dans ce même groupe, tout en conservant des caractères propres qui empêchent de le réduire à une version de Giampietrino.
Limite de la convergence
La convergence porte sur la matrice de la composition, non sur l’ensemble de l’exécution. C’est précisément dans les modalités de peinture, de reprise et de construction que les divergences deviennent décisives.
Divergences structurelles, techniques et morphologiques
Si les œuvres relèvent d’un même prototype, elles ne procèdent pas de la même manière. Plusieurs indices matériels et formels montrent que Le Tableau suit une logique d’exécution distincte.
Radiographie : des contrastes et une exécution différents
La comparaison radiographique constitue le premier point d’écart. Les radiographies des versions de Londres et de Budapest apparaissent peu contrastées, avec une image plus diffuse du Christ et de la croix. Celle du Tableau est au contraire plus lisible et fait ressortir plus nettement les zones chargées en blanc de plomb.
Elle révèle aussi des reprises dans le front et la barbe, interprétées comme des repentirs en cours d’exécution. L’étude de 2024 souligne enfin que les données techniques disponibles ne concordent pas avec la pratique connue de Giampietrino.
Renvoi : Voir la page explicative « Radiographie comparée ».
Divergences techniques
Spolvero : dans Le Tableau, la présence du spolvero atteste un transfert préparatoire structuré. Un dispositif comparable n’est pas documenté, dans l’état actuel des observations, pour les versions attribuées à Giampietrino.
Repentirs : l’imagerie infrarouge du Tableau révèle plusieurs repentirs structuraux, absents ou moins lisibles dans les versions comparées.
Technique picturale : selon les données techniques citées dans l’étude, la technique du Tableau ne serait pas compatible avec la pratique connue de Giampietrino.
Comparaison infrarouge : un modèle commun, des exécutions différentes
Les images infrarouges de Londres, Budapest et du Tableau confirment une parenté étroite dans la figure du Christ. Elles renvoient au même noyau de formes. Mais Le Tableau s’en distingue par une surface plus perturbée, un fond et une croix moins homogènes, ainsi que par la présence du personnage de droite. La main et l’avant-bras y apparaissent aussi plus tendus et plus construits. L’ensemble suggère un même modèle de départ, mais une exécution différente.
Morphologie : des écarts localisés mais significatifs
La structure générale de la tête demeure proche, mais certains détails cessent de coïncider. Deux points sont particulièrement significatifs : l’avant-bras et l’axe de la chevelure.
L’avant-bras du Tableau paraît plus tendu et plus construit, selon une logique anatomique distincte.
La raie de la chevelure, quant à elle, reste cohérente avec une tête tournée de trois-quarts, alors que, dans les versions attribuées à Giampietrino, elle tend vers une construction plus frontale.
Renvois : Voir les pages explicatives « Avant-bras » et « Raie de la chevelure ».
Nimbe : un ajout secondaire dans Le Tableau
Le nimbe constitue une divergence claire. Dans Le Tableau, il a été ajouté à posteriori. Dans les versions de Giampietrino, au contraire, il était présent dès l’origine. Cette différence touche non seulement à l’iconographie visible, mais aussi à l’histoire d’exécution et aux reprises ultérieures.
Ce point est important, car il montre qu’une partie de l’état actuel du Tableau résulte d’une intervention postérieure qui a modifié la lecture de certaines zones.
Renvoi : Voir la page explicative « Nimbe : ajout et impact ».
Assemblage de la croix : une solution propre au Tableau
L’assemblage des deux bras de la croix ne suit pas la même logique. Dans Le Tableau, le petit bras est placé sous le grand bras. Dans les versions de Giampietrino comparées, la disposition est inverse. L’étude conclut que Le Tableau est la seule composition du groupe à présenter cet agencement.
Le détail est discret, mais sa valeur comparative est forte. Il ne relève pas d’une nuance de facture ; il engage la conception même du motif.
Renvoi : Voir la page explicative « Assemblage de la Croix ».
Veines du bois : un motif inversé
Les images multispectrales permettent d’observer autour de la tête du Christ des veines du bois presque effacées aujourd’hui. Cette zone a été partiellement repeinte, très probablement lors de l’ajout du nimbe. Or, dans la partie haute, le sens des veines observé dans les versions de Giampietrino est inversé par rapport à celui du Tableau.
Cet indice prolonge celui de l’assemblage : la croix n’est pas seulement proche en apparence ; elle diffère dans sa structure représentée.
Renvoi : Voir la page explicative « Veines du bois de la croix ».
Portée de la comparaison
La comparaison conduit à une conclusion nuancée. Le Tableau et les versions attribuées à Giampietrino dépendent très vraisemblablement d’un même prototype. Mais les écarts observés dans la radiographie, le nimbe, l’assemblage de la croix et les veines du bois excluent une assimilation simple.
Autrement dit, la proximité de composition n’implique pas l’identité d’exécution. Le dossier comparatif invite à penser une relation de filiation plus complexe, dans laquelle Le Tableau conserve une autonomie matérielle et picturale nette.







