Lexique
Cette page regroupe les termes techniques et iconographiques utilisés dans l’étude du Christ Portant la Croix. Les définitions sont courtes et accessibles, afin de faciliter la lecture tout au long du site.
Bambach Carmen C.
Historienne de l’art et conservatrice, spécialiste reconnue des dessins de Léonard de Vinci et plus largement du dessin italien de la Renaissance. Ses travaux font autorité sur les feuilles autographes, la pratique graphique de Léonard et la transmission de ses modèles.
Bifide (Barbe)
Se dit d’une barbe divisée en deux pointes ou en deux masses distinctes à son extrémité inférieure. Le terme décrit une forme et non un style en soi ; il peut avoir une valeur comparative dans l’analyse morphologique d’une figure.
Caprotti, Gian Giacomo
Voir Salaj.
Carbone 14
Le carbone 14 est une méthode de datation fondée sur la décroissance radioactive d’un isotope du carbone présent dans les matières organiques. Appliqué au bois d’un panneau, il permet d’estimer la date à laquelle l’arbre a cessé d’échanger du carbone avec l’atmosphère. Il date le support, non l’exécution exacte de la peinture.
Carbon copy
Expression anglaise désignant un transfert par report noir, généralement obtenu au moyen d’un tracé intermédiaire à base de carbone ou de noir, permettant de reporter un dessin préparatoire sur le support. Dans le contexte de la peinture ancienne, le terme renvoie à une méthode de transfert distincte du spolvero, car il produit moins une suite de perforations qu’un passage linéaire ou frotté du contour.
Carnations
Les carnations désignent le traitement pictural des chairs, en particulier du visage, des mains et du corps. Leur exécution combine généralement préparation, tons de base, modelé, ombres, demi-teintes et rehauts. Leur étude renseigne sur la technique, la palette et parfois la main du peintre.
Carton
Un carton est un dessin préparatoire à l’échelle 1 (grande feuille assemblée ou support similaire) qui fixe la composition finale. Il sert de modèle pour transférer précisément les contours sur le support à peindre (panneau, toile, mur).
Emissiographie
L’émissiographie est une technique d’imagerie infrarouge qui enregistre le rayonnement émis ou réfléchi par l’œuvre dans certaines longueurs d’onde. Elle permet souvent de mieux voir le dessin sous-jacent, des repentirs ou des modifications masquées par la couche picturale. Son efficacité varie selon les pigments et l’épaisseur des couches.
Entrelacs
Motif ornemental formé de lignes, rubans ou branches qui s’entrecroisent de manière régulière ou complexe. En histoire de l’art, le terme désigne souvent un décor linéaire tressé, utilisé dans les bordures, frises, manuscrits, sculptures ou textiles.
Fausses couleurs infrarouges
L’image en fausses couleurs infrarouges combine une image visible et une image infrarouge en attribuant à certaines informations des couleurs artificielles. Elle ne montre donc pas les couleurs réelles de l’œuvre, mais aide à distinguer matériaux, repeints, restaurations ou différences de pigments. C’est un outil de lecture comparative et non une image documentaire directe.
Fluorescence X — XRF
La fluorescence X, ou XRF, est une méthode d’analyse non destructive qui identifie les éléments chimiques présents dans une zone de l’œuvre. Elle permet notamment de repérer des éléments comme le plomb, le fer, le cuivre, le mercure ou le calcium, utiles pour caractériser pigments et matériaux. Elle renseigne sur la composition élémentaire, non sur la structure exacte des composés.
Fresque (Peinture à fresque)
Fresque
Une fresque est une peinture murale réalisée directement sur un support architectural (mur, voûte, plafond). Le terme désigne à la fois l’œuvre achevée et, par extension, le type de décor peint intégré à l’architecture.
Peinture à fresque
La peinture à fresque est une technique picturale consistant à appliquer des pigments dilués dans l’eau sur un enduit de chaux encore frais (intonaco). En séchant, la chaux se carbonate et fixe durablement les pigments dans la matière même du mur.
Gesso
Le gesso est une préparation blanche appliquée sur le support avant la peinture, surtout sur panneau de bois. Composé traditionnellement de colle animale et de sulfate de calcium, il forme une surface lisse, absorbante et propre à recevoir les couches picturales. Il joue un rôle essentiel dans la structure matérielle de l’œuvre.
Giampietrino
Giampietrino est un peintre lombard du début du XVIe siècle, étroitement lié à la sphère léonardienne. Sa biographie reste partiellement incertaine, mais les œuvres qui lui sont attribuées présentent une réelle cohérence stylistique. Il semble avoir eu un accès direct ou proche à des modèles de Léonard. Voir note biographique.
Glacis
Couche picturale très mince, transparente ou semi-transparente, appliquée sur une couche déjà sèche afin de modifier la tonalité, la profondeur ou les transitions sans masquer entièrement la couche sous-jacente. Le glacis enrichit la matière colorée et contribue aux effets de modelé, de vibration et d’unité.
Gommée (étiquette)
Étiquette dont le revers est enduit d’une gomme adhésive (gomme arabique), activée par humidification, permettant de la coller sur un support. Le terme appartient au vocabulaire ancien du papier et de l’étiquetage.
Halo
Halo : voir Nimbe.
Imprimatura
L’imprimatura est une couche mince, souvent légèrement teintée, posée sur la préparation avant la mise en peinture. Elle réduit l’éclat du fond blanc et unifie la surface. Elle sert aussi à établir une tonalité générale qui influence les valeurs et l’équilibre coloré de l’image.
Infrarouge
L’infrarouge est une technique d’imagerie qui utilise des longueurs d’onde invisibles à l’œil humain pour examiner l’œuvre. Elle permet souvent de traverser partiellement certaines couches picturales et de révéler dessin sous-jacent, repentirs ou reprises. Son rendement dépend des pigments, du liant et de l’épaisseur des couches.
Invasif (procédé)
Un procédé invasif implique un prélèvement ou une intervention matérielle sur l’œuvre elle-même. Il peut s’agir, par exemple, d’un échantillonnage destiné à l’analyse stratigraphique ou chimique. Ce type d’examen est généralement limité, justifié et encadré, car il affecte physiquement l’objet étudié.
IR
Voir Infrarouge.
La Cène de Léonard
La Cène de Léonard de Vinci est la grande représentation du dernier repas du Christ avec les apôtres, peinte au couvent de Santa Maria delle Grazie à Milan. Elle est célèbre pour sa construction perspective, son intensité psychologique et la variété des gestes. Très tôt altérée, elle est connue aussi par de nombreuses copies anciennes.
LAM
Image LAM (Layer Amplification Method) issue d’une technique d’imagerie multispectrale développée par Pascal Cotte (Lumiere Technology), qui amplifie numériquement des informations très faibles contenues dans les différentes couches de la peinture. Elle permet de révéler des détails invisibles à l’œil nu (dessin préparatoire, repentirs, structures internes) sans contact avec l’œuvre.
Le Titien
Le Titien : « Peintre (Pieve di Cadore 1488-90 – Venise 1576). Les divergences entre les sources rendent incertaine la date de naissance du Titien, et par conséquent sa place exacte dans le panorama artistique vénitien du début du XVIe siècle est une question qui n’est toujours pas résolue de manière consensuelle. Après un apprentissage avec S. Zuccato, mosaïste, Le Titien fut dans l’atelier de Gentile Bellini puis auprès de Giovanni Bellini. Son orientation artistique apparaît dès le début sûre et géniale : ses références (Bellini, Giorgione, Dürer, mais aussi Raphaël et Michel-Ange) … » (Source Treccani.it).
Lumière blanche
La lumière blanche désigne un éclairage visible large spectre utilisé pour observer l’œuvre dans des conditions proches de la vision ordinaire. Elle sert de base à l’examen visuel, à la photographie documentaire et aux comparaisons avec les autres imageries techniques. Elle montre l’état apparent de la surface, mais pas ce qui est caché sous les couches picturales.
Lumière rasante
La lumière rasante éclaire l’œuvre sous un angle très faible, presque parallèle à sa surface. Elle met en évidence les reliefs, accidents, craquelures, soulèvements, empâtements ou traces d’outils. Elle est particulièrement utile pour lire la topographie matérielle de la peinture.
Macrophotographie
La macrophotographie permet de photographier de très près de petits détails de l’œuvre avec un fort grossissement. Elle révèle la texture de la couche picturale, les craquelures, les rehauts, les usures ou de minuscules interventions. Elle constitue un outil précieux pour l’examen technique et comparatif.
Marani C. Pietro
Historien de l’art italien, l’un des spécialistes de référence de Léonard de Vinci et de la peinture lombarde de la Renaissance. Ses travaux portent notamment sur Léonard, son atelier, ses suiveurs, ainsi que sur les problèmes d’attribution et de contexte artistique milanais.
Morelli, Giovanni
Giovanni Morelli (1816-1891) : critique d’art et figure de la politique italienne du 19ème siècle, auteur de plusieurs ouvrages, notamment ‘Italian Masters in German Galleries’ – 1883.
Nimbe
Cercle ou halo lumineux placé autour de la tête d’un personnage sacré. Dans l’iconographie chrétienne, il signale la sainteté ou la divinité ; il peut aussi prendre une forme cruciforme, notamment pour le Christ.
Noir de carbone
Le noir de carbone est un pigment noir obtenu par combustion incomplète de matières organiques. Très fin et très stable, il est utilisé dans les dessins sous-jacents, les ombres ou certaines couches picturales. En imagerie infrarouge, il peut rester particulièrement visible selon les cas.
Numérisation multispectrale
La numérisation multispectrale consiste à enregistrer l’œuvre dans plusieurs bandes du spectre, du visible à l’infrarouge, parfois au-delà. Elle permet de comparer les réactions des matériaux selon les longueurs d’onde et de révéler des informations invisibles en lumière ordinaire. C’est une méthode d’exploration et d’analyse non invasive.
Pedretti Carlo
Historien de l’art italien, spécialiste majeur de Léonard de Vinci, particulièrement connu pour ses travaux sur les dessins, les manuscrits et la chronologie léonardienne. Son nom est fréquemment associé aux études sur la diffusion des modèles de Léonard et sur la tradition léonardesque.
Poncif
Un poncif est le carton rendu transférable : on perce (ou pique) le dessin du carton le long des contours avec une pointe, créant une ligne de minuscules perforations.
Radiocarbone
Voir carbone 14
Radiographie
La radiographie utilise les rayons X pour traverser l’œuvre et enregistrer les différences de densité des matériaux. Elle permet d’observer la structure du support, les assemblages, certains repentirs, les repeints anciens ou les zones plus chargées en pigments denses. Elle donne ainsi accès à une image interne de la peinture.
Radiopaque
Un matériau radiopaque arrête fortement les rayons X et apparaît donc plus clair sur une radiographie. C’est souvent le cas des pigments contenant des éléments lourds, comme le plomb. La radiopacité aide à distinguer certaines formes, épaisseurs ou interventions invisibles à l’œil nu.
Rehaut
Le rehaut est une touche claire ajoutée pour accentuer une zone de lumière, un relief ou un détail de forme. Il intervient souvent dans les cheveux, les drapés, les chairs ou les reflets d’objets. Son étude éclaire la technique du peintre et sa manière de construire le modelé.
Repeint
Un repeint est une intervention postérieure ajoutée sur la surface originale, souvent lors d’une restauration ancienne. Il peut viser à masquer une lacune, corriger une usure ou modifier l’aspect de l’œuvre. L’imagerie technique permet souvent de le distinguer de la peinture d’origine.
Repentir
Le repentir est une modification apportée par le peintre en cours d’exécution. Il peut concerner un contour, une position, un détail anatomique ou un élément de composition. Il constitue un indice important du processus créateur et peut contribuer à distinguer une œuvre élaborée d’une simple copie.
Rittrato di spalla
Le ritratto di spalla désigne un type de représentation en buste ou à mi-corps, où le personnage est vu de trois-quarts, avec l’épaule participant fortement à la construction du mouvement. Cette formule donne plus de présence au torse et à la torsion du cou. Elle joue un rôle important dans l’expressivité et la dynamique du portrait.
Salaj
Salaj est une graphie ancienne du nom de Salaì, c’est-à-dire Gian Giacomo Caprotti, élève et compagnon de Léonard de Vinci. Les variantes Salaj, Salai et Salaino apparaissent dans les sources anciennes, mais leur emploi reste fluctuant et parfois confus. Les textes confirment son insertion dans l’entourage immédiat de Léonard ; en revanche, son œuvre propre demeure mal définie et les attributions qui lui sont rattachées restent, pour la plupart, incertaines. Voir notes bibliographiques.
Seracini Maurizio
Scientifique de l’Art italien, né à Florence en 1946, et auteur d’une expertise sur la couche picturale du Tableau réalisée en 2011.
Sfumato
Le sfumato est un procédé pictural fondé sur des transitions très douces entre ombre et lumière, sans contours nettement tranchés. Il permet de modeler les formes par passages subtils et superpositions transparentes. Chez Léonard, il contribue à donner aux visages une profondeur atmosphérique et une grande souplesse visuelle.
Smudging
Le smudging désigne un effet d’estompage ou de brouillage produit par frottement, diffusion ou adoucissement d’un trait ou d’une matière. En dessin, il peut résulter d’un travail volontaire pour fondre les valeurs ; en imagerie ou en conservation, il peut aussi signaler une altération ou une perte de netteté. Le terme doit donc être interprété selon le contexte technique.
Solario (Andrea)
Peintre (né probablement à Milan vers 1465, mort en 1524), Andrea Solario était le frère de Cristoforo. Il séjourna avec ce dernier à Venise entre 1492 et 1495, où il fut influencé par Giovanni Bellini et Antonello da Messina (Madone entre Deux Saints, 1495, Milan, Brera). Il travailla en France en Normandie au château de Gaillon (1507-1509), pour le cardinal G. d’Amboise.
De retour à Milan, il fut principalement affecté par l’activité de Léonard (Crucifixion, 1503, et Annonciation, 1506), deux tableaux au Louvre de Paris (Source Treccani.it).
Spolvero
Le spolvero est une technique de transfert de dessin : on perfore les contours d’un carton (poncif), puis on le pose sur le support et on tamponne une poudre (souvent noire) qui traverse les trous et dépose une ponctuation. Ces points servent ensuite de guide, généralement reliés au trait (pointe carbonée, pierre noire, etc.) pour l’exécution de la peinture.
Thaddée
Thaddée est l’un des douze apôtres représentés dans La Cène de Léonard de Vinci. Placé dans le groupe de droite, il participe à l’échange gestuel et psychologique qui structure la scène. Dans le cadre de cette étude, son visage présente des rapprochements morphologiques significatifs avec le Dessin de la Tête du Christ de Venise.
UV
L’UV, ou ultraviolet, est une technique d’examen fondée sur la réaction de l’œuvre sous éclairage ultraviolet. Elle permet souvent de mieux voir vernis, restaurations, repeints, retouches ou différences de surface grâce aux variations de fluorescence. Elle n’observe pas directement le dessin sous-jacent, mais l’état de surface et certaines interventions postérieures.
XRF
Voir Fluorescence X — XRF.