Adam–Thaddée : réemplois possibles du modèle

Après le rapprochement établi entre Thaddée et le Dessin de Venise, il est utile d’examiner un autre visage attribué à Giampietrino : celui d’Adam dans Adam et Ève au jardin d’Éden. Cette page explore d’abord le lien possible entre Adam et le Dessin de Venise, puis le rapprochement qui en découle entre Adam et Thaddée.

Le tableau Adam et Ève au jardin d’Éden, attribué à Giampietrino, offre un terrain d’observation pertinent. Les sources anciennes mentionnent un carton perdu de Léonard représentant Adam et Ève dans une prairie « parsemée d’un nombre infini de fleurs » (Vasari, Anonimo Gaddiano), cité par Kenneth Clark (Leonardo da Vinci, 1939, p. 153).

Adam and Eve, Giampietrino

Adam et Ève (Giampietrino)

Date : 1500 – 1548, Dimensions : 74,5 × 58 cm
Technique : huile sur panneau

Le Dessin de Venise et Adam

L’analyse de la tête d’Adam fait apparaître une structure très proche de celle des Christs portant la Croix attribués à Giampietrino, eux-mêmes dérivés du Dessin de Venise. Dans l’image ci-contre, le tracé du visage du Christ de Giampietrino est reporté sur celui d’Adam : la concordance est presque parfaite, avec les mêmes grandes lignes et la même structure du front, du nez et de la chevelure.

La comparaison conduit à envisager que, pour construire la tête d’Adam, Giampietrino a repris un modèle inversé, puis en a corrigé l’orientation et certains détails. Ce procédé relève d’une logique de réemploi : une même figure est déplacée d’un contexte à un autre tout en conservant sa structure fondamentale.

Les deux figures ci-dessous l’illustrent. Le Dessin de Venise, désormais placé à droite dans chaque montage, en constitue le repère initial. Les Christs présentés en sens inversé en reprennent le schéma général ; Adam peut ainsi être compris comme une adaptation supplémentaire du même modèle.

Adam et Le Tableau : une barbe quasi identique

La barbe d’Adam présente avec celle du Tableau une parenté très étroite : même forme bifide, même rythme général, mêmes crochets et même logique de rehauts. La barbe du Christ de Giampietrino à Budapest n’offre pas cette même concordance.

Similar distribution of highlights in Adam’s beard and in the painting under study

Une même distribution des rehauts de la barbe

Image du Christ du Tableau inversée

Bifid beard: similar hook-shaped endings in Adam and in the painting under study

Une barbe bifide : même structure de crochets

Image du Christ du Tableau inversée

Adam et Thaddée

Le rapprochement entre Adam et Thaddée découle directement du double constat suivant : d’une part, la page précédente a montré la proximité entre Thaddée et le Dessin de Venise ; d’autre part, l’analyse conduite plus haut a montré que la tête d’Adam se rattache elle aussi à ce même type, relayé par les Christs portant la Croix. Le lien entre Adam et Thaddée ne constitue donc pas un point de départ autonome : il s’impose comme la conséquence d’une source commune.

Un rapprochement relevé par un expert

Ce rapprochement entre Adam et Thaddée a d’ailleurs été formulé de l’extérieur. À propos du tableau Adam et Ève attribué à Giampietrino, La Gazette Drouot écrivait en avril 2019 que le visage de l’homme reprendrait un modèle que l’on retrouve dans La Cène, selon l’analyse du Cabinet Turquin :

« ce panneau représentant Adam et Ève attribué à l’artiste est inspiré pour les visages d’œuvres de Léonard, en particulier pour l’Homme, dont le modèle se retrouve dans La Cène, ainsi que l’a analysé le cabinet Turquin »

Conclusion

Le Dessin de Venise apparaît comme un modèle de référence au sein de l’atelier. Son prolongement le plus direct se lit dans les Christs portant la Croix de Giampietrino. Les rapprochements avec Adam et Thaddée suggèrent, à leur tour, la circulation d’un même type léonardien, adapté et réemployé dans plusieurs compositions de l’école milanaise.